Les charges locatives sont souvent la zone grise du bail : on vous annonce “charges comprises”, puis vous découvrez une régularisation, une ligne “ordures ménagères”, ou une demande de complément de charges locatives. Finalement vous payez, mais n’y avez pas vraiment compris grand chose. Cet article France Pratique explique clairement quelles charges locatives le locataire doit payer et quelles charges restent au propriétaire, comment il les refacture, comment calcul-t-il une provision raisonnable, et quoi faire en cas de trop-perçu ou de litige.
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À retenir
Pour vous repérer rapidement :
- les charges locatives sont des dépenses avancées par le propriétaire, puis remboursées par le locataire, mais uniquement dans un cadre légal précis ;
- la liste des charges “récupérables” est limitative : tout ce qui n’est pas dans la liste ne se refacture pas au locataire ;
- si vous payez des provisions, il doit y avoir une régularisation au moins annuelle, avec un décompte et des justificatifs consultables ;
- en cas de trop-perçu, le propriétaire doit vous rendre la différence (souvent par remboursement ou déduction sur le prochain loyer) ;
- le bon réflexe en cas de désaccord : demander un décompte par nature de charges et vérifier si chaque ligne est bien récupérable.
1) Charges locatives : définition simple
Dans un bail d’habitation, on appelle “charges locatives” (ou “charges récupérables”) certaines dépenses liées à l’usage du logement, payées par le propriétaire puis refacturées au locataire. En pratique, elles couvrent surtout :
- des services liés au logement (ex : eau collective) ;
- l’entretien courant et de petites réparations sur des équipements d’usage commun (ex : ménage des parties communes, ascenseur) ;
- certaines taxes liées à l’usage du logement (ex : taxe d’enlèvement des ordures ménagères).
Bon à savoir : si le locataire refuse de payer les charges locatives, il peut voir son bail résilié et le montant dû pris sur le dépôt de garantie.
2) Quelles charges locatives paie le locataire, et lesquelles restent au propriétaire ?
Ce que le locataire peut payer (exemples courants)
Voici les lignes que l’on retrouve le plus souvent au sein d’un bail de location, lorsqu’elles correspondent à une charge récupérable :
- l’eau froide et, si elle est collective, l’eau chaude (souvent via sous-compteurs ou clé de répartition) ;
- le chauffage collectif (combustible, entretien courant, réglages), selon les modalités prévues ;
- l’électricité des parties communes (éclairage, minuterie) ;
- l’entretien courant des parties communes (ménage, consommables) ;
- les menues réparations et l’entretien courant de certains équipements communs (ex : ascenseur, VMC collective) ;
- la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), dans la mesure où elle correspond à la seule partie réelle de l’enlèvement indiquée sur le document de la taxe foncière.
Ce que le propriétaire doit payer (et ne peut pas refacturer en tant que charges locatives)
Le propriétaire ne peut réiputer en tant que charges locatives les charges suivantes :
- les gros travaux et réparations lourdes (structure, toiture, réseaux, remplacement d’un équipement, ravalement) ;
- les frais de gestion, d’agence, de syndic (hors ce qui serait strictement récupérable, ce qui est rare) ;
- les améliorations et mises aux normes du logement loué ;
- les assurances du propriétaire (assurance propriétaire non occupant, etc.) ;
- la taxe foncière (sauf la partie TEOM qui peut être récupérable selon les règles).
Bon à savoir : en parlant d’assurance, si le locataire ne souscrit pas d’assurance de ses risques locatifs (qui est obligatoire), le propriétaire à le droit de souscrire pour lui un contrat d’assurance et de lui refacturer avec une majoration maximale de 10 %
3) Tableau des charges locatives récupérables par le propriétaire
Ce tableau des charges locatives récupérables auprès du locataire vous donne une lecture “terrain”. Il ne remplace pas la liste officielle détaillée, mais il aide à trier rapidement les lignes d’un décompte.
| Poste | Souvent récupérable ? | Dans quel cas ? | Charges payées par le propriétaire et souvent non récupérables |
|---|---|---|---|
| Eau froide | Oui | si le propriétaire paie une facture collective, avec répartition (compteurs, clé) | si le locataire a son propre compteur et contrat direct, ce n’est généralement pas une charge |
| Eau chaude collective | Oui | si production collective, avec méthode de calcul expliquée | remplacement lourd d’une installation de production, plutôt propriétaire |
| Chauffage collectif | Oui | combustible, exploitation, entretien courant, répartition | remplacement d’une chaudière collective, gros travaux |
| Électricité des parties communes | Oui | éclairage, minuterie, parties communes | travaux de rénovation électrique globale, remplacement lourd |
| Entretien des parties communes | Oui | ménage, produits d’entretien, petites fournitures | rénovation complète d’un hall, remise à neuf |
| Ascenseur | Souvent oui, et proportionnel à l’étage où se situe le logement | entretien courant, menues réparations, selon le cadre | remplacement total, modernisation, gros travaux |
| Espaces verts (collectif) | Souvent oui | entretien courant (tonte, taille) si espace commun | création d’un aménagement important, travaux lourds |
| TEOM (ordures ménagères) | Oui | si elle correspond au service d’enlèvement, refacturable au locataire | la taxe foncière en totalité reste au propriétaire |
| Frais de gestion / syndic | En général non | la plupart des frais de gestion restent au propriétaire | les honoraires de syndic sont typiquement non récupérables |

Vous êtes propriétaire ? Retrouvez notre article consacré aux charges de copropriété : comprendre et anticiper pour éviter les mauvaises surprises.
Les charges de copropriété : à quoi servent elles vraiment ? Comment sont réparties les charges de copropriété ? Charges de copropriété et situation du propriétaire bailleur. Comment sont décidées les charges de copropriété ? Bien lire ses appels de charges de copropriété. Comment réduire ou maîtriser ses charges de copropriété ? Charges de copropriété : que faire en cas d’erreur ou d’incompréhension ?
4) Comment les charges locatives sont refacturées au locataire ?
Option 1 : provisions sur charges avec régularisation (cas le plus courant)
Vous payez chaque mois une somme fixe en plus du loyer (“provisions”). Puis, au moins une fois par an, le propriétaire compare :
- le total des provisions que vous avez déjà versées ;
- les dépenses réellement payées sur la période (charges récupérables uniquement).
Ensuite :
- si les dépenses réelles sont supérieures, le propriétaire peut demander un complément ;
- si les dépenses réelles sont inférieures, il doit vous rendre le trop-perçu.
Option 2 : forfait de charges (souvent en location meublée)
Le bail peut prévoir un forfait : vous payez une somme fixe, et il n’y a pas de régularisation annuelle. Attention : le forfait doit rester cohérent avec les charges réelles, et la pratique varie selon le type de bail. Si vous voulez éviter les litiges, relisez bien la clause “charges” du contrat.
5) Et si le logement n’est pas en copropriété, qu’est-ce qui peut être inclus ?
Quand le logement est dans une maison individuelle ou un immeuble “mono-propriété” (un seul propriétaire, pas de copropriété), la logique reste la même : seules les charges récupérables peuvent être refacturées.
Concrètement, il peut y avoir :
- des charges “collectives” si certains services sont communs (ex : eau commune avec compteur général, chauffage commun, entretien d’une cour commune) ;
- des charges liées à une taxe récupérable (ex : TEOM) ;
- parfois des services spécifiques prévus au bail (ex : entretien d’espaces communs), à condition que cela rentre bien dans le cadre des charges récupérables.
En revanche, si chaque locataire a ses contrats (eau, électricité, chauffage individuel), les charges peuvent être très faibles, voire limitées à la TEOM. C’est souvent là que naissent les abus : on “fabrique” des charges. Le bon test est simple : est-ce une charge récupérable officielle, et est-ce justifié ? Et est-elle vraiment établie sur une base vérifiable ? Soyez prudents !
6) Les justificatifs : le propriétaire doit-il les remettre au locataire ?
En cas de provisions sur charges, le propriétaire doit vous communiquer un décompte par nature de charges. Les justificatifs (factures, contrats, relevés) doivent être tenus à votre disposition pendant un délai légal de 6 mois après l’envoi du décompte. Cela signifie généralement :
- vous avez le droit de demander à consulter les pièces justificatives ;
- le propriétaire n’est pas forcément obligé d’envoyer spontanément toutes les factures, mais il doit pouvoir les présenter “dans des conditions normales” sur simple demande du locataire .
► Bon à savoir : si vous contestez, faites-le toujours par écrit et demandez explicitement le détail des postes et la possibilité de consulter les justificatifs.
Suivez le lien du Service-Public : Lettre pour demander au propriétaire des précisions sur le montant annuel des charges locatives (modèle).
L’astuce France Pratique : quand vous recevez une régularisation, demandez 3 éléments en une seule fois : le décompte par nature, la période exacte couverte, et la méthode de répartition (compteurs, tantièmes, clé). Sans ces trois pièces, vous ne pouvez pas vérifier correctement le montant des charges locatives réclamées par votre propriétaire.
7) Comment se fait la régularisation, et que faire en cas de trop-perçu ?
La régularisation, étape par étape
Le schéma standard ressemble à ceci :
- le propriétaire calcule les charges récupérables réelles sur la période ;
- il vous envoie un décompte ;
- vous comparez avec ce que vous avez déjà payé ;
- il vous demande un complément, ou il vous rembourse le trop-perçu.
Remboursement du trop-perçu : comment ça se passe ?
Si vous avez trop payé, le propriétaire doit vous restituer la différence. En pratique, cela se fait souvent :
- par un remboursement direct ;
- ou par une déduction sur une échéance suivante (loyer ou charges), si vous êtes encore dans les lieux.
Astuce France Pratique : en cas de trop-perçu, demandez une réponse claire : “remboursement” ou “imputation sur la prochaine quittance”, avec un montant chiffré exact mentionné par écrit.
8) Comment calculer le montant des charges locatives à demander chaque mois ?
La difficulté, côté propriétaire, est de fixer une provision pour charges locatives qui ne soit ni trop basse (régularisation lourde), ni trop haute (trop-perçu important, tension avec le locataire).
Une méthode simple et défendable proposée par France Pratique
Méthode 1 : se baser sur les charges réelles de l’année précédente
- additionner uniquement les charges récupérables réellement payées ;
- retirer ce qui n’est pas récupérable ;
- diviser par 12 pour obtenir une provision mensuelle ;
- ajouter une marge légère si des variations sont prévisibles (ex : hausse énergie), en restant raisonnable.
Méthode 2 : copropriété, partir du budget et de la clé de répartition
En copropriété, vous avez souvent des appels de fonds et un budget. La provision locataire doit refléter la partie récupérable, en tenant compte de la répartition. Attention : ce n’est pas parce que la copropriété appelle des fonds que tout est refacturable au locataire.
Méthode 3 : hors copropriété, raisonner “poste par poste”
Sans copropriété, faites simple : eau collective éventuelle, TEOM, entretien commun éventuel. Si les contrats sont individualisés, il vaut mieux éviter d’ajouter des charges artificielles.
9) Litiges fréquents et solutions concrètes
“On me facture des charges sans détail”
Demandez le décompte par nature de charges et la possibilité de consulter les justificatifs. Sans détail, vous ne pouvez pas vérifier la récupérabilité des lignes.
“On me demande 2 ans de régularisation d’un coup”
Demandez la période exacte, puis vérifiez si les sommes réclamées ne sont pas en partie prescrites. Les litiges sur les charges ont des délais de prescription : ce n’est pas parce qu’une dépense existe qu’elle est automatiquement réclamable à n’importe quel moment.
“Le propriétaire inclut des travaux ou des frais de gestion”
Demandez poste par poste. Les gros travaux et les frais de gestion ne sont pas, en principe, des charges locatives récupérables. Si une ligne est “globale” (ex : “travaux”), demandez le détail avant de payer un complément.
FAQ
Les charges locatives sont-elles obligatoires ?
Non. Certaines locations ont peu ou pas de charges (par exemple si tous les contrats sont au nom du locataire). Les charges existent surtout lorsqu’il y a des services collectifs ou des taxes récupérables.
Le propriétaire doit-il régulariser les charges tous les ans ?
Oui, lorsqu’il y a des provisions sur charges, la régularisation doit être faite au moins une fois par an, sur la base des dépenses réelles récupérables.
Le propriétaire doit-il envoyer toutes les factures au locataire ?
En pratique, il doit fournir un décompte et tenir les pièces justificatives à disposition pendant un délai légal après l’envoi du décompte. Le locataire peut demander à consulter ces pièces pour vérifier les postes.
Que faire si j’ai trop payé mes charges locatives ?
Vous pouvez demander la restitution du trop-perçu (remboursement ou déduction), avec un montant chiffré et la période concernée. En cas de refus, un courrier écrit et la demande de justificatifs sont les premiers réflexes.
Liens externes utiles (officiels)
- Service-Public, charges locatives : charges à payer par le locataire.
- Légifrance, décret n°87-713 : liste des charges récupérables.
Avertissement : cet article est informatif. Il ne remplace pas un conseil juridique personnalisé. En cas de litige important, conservez les preuves (bail, quittances, décomptes, échanges écrits) et faites-vous accompagner.

